Trois grands Frênes élevés

La roseraie pousse sous trois grands Frênes élevés (Fraxinus excelsior), dont l’un est une cépée double à la base et triple à 3 mètres de hauteur. Ce sont donc cinq grands fûts, dont le plus grand  atteint un diamètre de 60 centimètres, qui s’élèvent à plus de seize mètres de hauteur. Ces trois grands frênes sont situés au nord-est de la plantation et ne pénalisent donc pas trop l’ensoleillement des rosiers. La frondaison est clairsemée et les feuilles du frêne sont aussi les dernières à apparaître en juin et les premières à tomber.

Les frênes s’établissent sur des terrains riches et bien drainés. Ils supportent beaucoup plus facilement  l’humidité que les hêtres. On les trouve souvent sur les terres d’alluvions en bord de rivière, ce qui est le cas de notre roseraie, située en fond de vallée à proximité du confluent entre le Train et le Niello.

Les frênes sont parmi les arbres les plus faciles à repérer en hiver à cause de leur gros bourgeon pyramidal, bien noir, qui termine chaque rameau. Les autres bourgeons vont par paires opposées,  et chacune de celles-ci est orientée perpendiculairement à la précédente (paires opposées « décussées »)

 

Le frêne est un arbre très prolifique, et ses curieux fruits à une aile (les « samares »), secs et bruns, se répandent largement dans la roseraie. Sans arrachage régulier, les jeunes pousses de frênes pourraient dominer les parcelles de rosiers en une décennie. Mais le frêne souffre actuellement d’une maladie due à un champignon, la chalarose. Détectée pour la première fois en Wallonie en 2010, elle atteint 70% des peuplements en Wallonie, surtout les jeunes plantations, et inquiète gravement les professionnels du bois.

Le bois de frêne est un bois de qualité. Sa couleur peut varier du clair presque blanc, au brun avec des nuances de jaune et de rose.A la fois flexible et résistant, il convient bien pour les manches d’outils, et, anciennement pour les sticks de hockey et les raquettes de tennis. Il est aussi utilisé pour les boiseries de bateau et comme bois de terrasse. Le frêne représente 5% du marché du bois wallon, soit 60.000 m3 de grumes annuellement.

Sources

Office Wallon de la Santé des Forêts, Note de référence pour la gestion du frêne dans le contexte de la liée crise à la chalarose, Forêt Nature n°136, 2015

Le Grand Livre de la Forêt, Ouvrage collectif sous la coordination de Philippe Blerot, Forêt wallonne asbl, 2017

 

 

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Insolite: le rosier qui ressemble à un arbre et dont la peau s’exfolie

Un de nos rosiers est très différent de tous les autres. Les tiges sont de véritables branches de 5 à 8 cm de diamètre. Sept d’entre elles partent de la racine et donnent ainsi une forme arbustive très structurée, qu’on n’associe pas directement à un rosier. Un de nos rosiéristes nous a confirmé que notre arbuste était un des plus grands d’Europe de son espèce. Il dépasse 4 mètres 50, exactement 4,67 mètres suite à une mesure au laser. C’est tout proche de  la hauteur de référence maximum de 5 mètres qu’il peut atteindre dans son milieu d’origine.

Surtout, son écorce est très insolite. Elle s’exfolie, c-à-d que des lambeaux assez longs se détachent « naturellement ». Ce renouvellement permanent protège la vigueur de la plante. Ce rosier a toujours l’air en bonne forme et est très résistant aux maladies. Il résiste à des températures jusqu’à moins 29 degrés (zone de rusticité de niveau cinq). Il ne se taille pas et ne se bouture pas.

Son nom savant est Rosa Roxburghii. C’est en effet, un écossais William Roxburgh, qui l’a découverte dans un jardin de Quangdong en Chine. Il l’a transplantée ensuite dans le jardin botanique de Calcutta, dont il était le directeur au temps de l’Empire britannique et de là, elle a été diffusée en Angleterre et dans toute l’Europe au début du XIXe siècle. La fleur est de belle dimension (de 5 à 7 cm) et comporte de nombreux pétales. Le bouton et les sépales sont couverts de soie. La fleur correspond assez bien au goût dominant de cette époque amoureuse desroses. Elle est peu parfumée et se cache souvent sous les feuilles. Celles-ci sont aussi très particulières et se composent de 9 à 15 folioles.

Le fruit est couvert de robustes aiguillons qui lui donne l’apparence d’une bogue de châtaigne, ce qui explique aussi le nom de « Rosier-châtaigne »donné à la plante. Le fruit est d’abord vert, puis jaune et tombe assez rapidement.

 

 

 

 

 

En botanique, on classe ce rosier dans un sous-genre du genre Rosa, qui ne contient que les trois variantes très proches de cette espèce: le sous-genre du Platyrhodon. Mais les études génétiques récentes le rattachent au sous-genre Eurosa, et plus particulièrement à la section des roses Synstylae, dont nous avons déjà parlé car c’est aussi la section de nos Hybrides de moschata.

L’espèce dérive d’une variété sauvage proche à fleur simple et parfumée que l’on trouve dans la province chinoise de Sichuan, sur les contreforts qui bordent le haut plateau tibétain, à des altitudes de 500 à 1500 mètres. La troisième variété est présente au Japon.

Rappelons aussi que les fruits de Rosa Roxburghii sont réputés comestibles. Riches en vitamine C, E et en anti-oxydants, ils sont répertoriés comme plantes médicinales dans le grand recueil de médecine publié au XVIe siècle par Li Shizhen, originaire aussi du Sichuan, qui fut l’un des plus grands médecins, pharmacologues et naturalistes de l’histoire chinoise. Ils permettent de lutter contre le stress et le vieillissement. Ils font toujours actuellement l’objet de nouvelles publications médicales, notamment par rapport au risque de cancer.

Sources:

Patrick Masure, Guide des rosiers sauvages, Guide Delachaux-Nestlé, 2013

Marie-Fougère-Danezan et Simon Joly, Phylogeny and biogeography of wild roses, Annals of Botany, February 2015

Communication de Philippe Rivière, spécialiste en médecine chinoise

 

 

 

 

 

Les tiges et les aiguillons en hiver

Nous avons déjà parlé des fructifications des rosiers, les « cynorrhodons », qui par leur présence, leur forme et leur couleur nous donnent des précieux indices pour repérer les rosiers en hiver.

Mais les tiges et les aiguillons sont d’autres éléments caractéristiques qui peuvent aider notre recherche.

Les tiges peuvent être vigoureuses et rigides, ou au contraire, grêles et souples. Beaucoup de tiges vertes virent au gris ou au brun, au vert bleuté ou même au violet, après un an ou deux. D’autres tiges sont et restent rouges ou rougeâtres.

Les aiguillons des rosiers ne doivent pas être confondus avec des épines. Il est toujours possible d’enlever un aiguillon de rosier sans endommager l’écorce proprement dite, tandis qu’enlever une épine à un arbre épineux demande toujours d’arracher un peu de bois. Les aiguillons peuvent être droits ou crochus, cylindriques ou aplatis, minces ou larges. Leurs couleurs couvrent une large gamme de vert, de brun ou de gris.

 

L’escargot, porte close en hiver

Oh! L’escargot, quelle drôle de petite bête!

En hiver, on voit beaucoup de coquilles d’escargot à la roseraie. Souvent elles ont été vidées par des prédateurs, mais parfois, elles sont bien pleines: le petit animal s’est enfermé à l’intérieur pour se protéger contre les rigueurs de l’hiver.

Il y a plusieurs variétés d’escargots à la roseraie. La coquille des plus grands peut mesurer jusqu’à 35 mm.

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L’escargot est un animal à sang froid. Il doit donc se protéger du gel. Pour passer l’hiver,  il s’assèche lui-même en rejetant du mucus avec lequel il ferme la porte de sa coquille. Ce mucus durcit et forme une paroi de couleur blanche ou grise appelée « épiphragme ». Chez certaines espèces, la paroi inclut du carbonate de calcium pour être plus résistante encore, tout en permettant l’aération de la cavité interne et la respiration par de petites perforations. L’escargot est alors bien protégé du gel, d’une déshydratation excessive et des prédateurs et peut tenir ainsi 3 à 4 mois.

L’escargot se réveillera au cours d’une journée humide de printemps avec une température d’au moins 15°C. Il sera alors facilement repéré en déplacement sur les tiges des rosiers, dont il aime les jeunes pousses.

L’escargot est adulte à deux ans et peut vivre 3 à 5 ans s’il n’est pas dévoré par un prédateur.

 

 

Fleurs de noisette, primevères et pâquerettes sont de sortie

L’hiver n’est jamais long pour qui sait observer. Le temps doux de janvier permet cette année à certains boutons d’automne de rester en vie et de garder leurs promesses. D’autres rosiers commencent déjà à faire de petites pousses. C’est sans doute dangereux pour l’avenir, car un temps de gel probablement inévitable risque de venir tout détruire.

Au sol, les pâquerettes sortent de terre. Et surtout les primevères sont au rendez-vous, en particulier la primevère sauvage Primula Eliator, dont l’inflorescence est élevée de 10 à 15 cm. Elle est régulièrement présente le long des ruisseaux et des sous-bois frais de notre commune. Ivan Louette explique qu’elle se comporte vraiment mieux et vit beaucoup plus longtemps que les horticoles à plus grosses fleurs.

Plus loin, se trouve une curieuse primevère qui a presque toutes les caractéristiques de Primula vulgaris ou Primula acaulis,  la primevère basse, aux feuilles atténuées à la base, et aux fleurs solitaires avec de longs pédoncules, qui est rare en Brabant, mais fréquente vers le Sud à partir de la Lorraine. Mais plutôt que la fleur soit jaune, la nôtre se montre bleu liliacé, magenta clair! D’où vient-elle? Ivan Louette nous explique le mystère: il l’a obtenue d’une passionnée attentive qui avait son jardin en Lorraine!

Aussi, les noisetiers le long du Niello battent des records de précocité. Les châtons mâles se sont allongés progressivement, et, ces tous derniers jours, la première fleur femelle, une aigrette d’un rouge vif s’est ouverte. Souvenons-nous de ce 14 janvier 2018.

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Source: http://www.botarosa.org/botarosa/plantes/primavera.htm

Les Hybrides de Moschata en hiver

Dans la roseraie en hiver, nous remarquons un assez grand nombre de rosiers arbuste de taille moyenne au port naturel, qui portent des cynorrhodons en grappes, rouges ou orangés, souvent de petite taille (de 3 à 7 mm), sphériques ou oblongs, et dépourvus de sépales (le sépale est cette pièce élémentaire du calice située sous la fleur et subsiste parfois sur le cynorrhodon).

Ils s’agit des « Hybrides de Moschata ». D’où vient ce nom si bizarre? Il a été utilisé pour la première fois par un rosiériste anglais pour qualifier une famille de rosiers. Cette famille a été largement développée par le grand rosiériste belge Louis Lens, qui en a créé 63 variétés entre 1975 et 2000. Il les décrit ainsi: « Ils ne deviennent pas chauves à la base, et n’ont jamais l’air d’être des perches. Observe le nombre de pousses qu’ils font depuis le sol. Ces pousses fleurissent encore la même année. Regarde sa belle couleur verte ».

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Le rosier Claire Jolly en janvier 2016 avec ses petites boules rouges de 3 à 5 mm de diamètre

Techniquement, Louis Lens a créé les « Hybrides de Moschata » à partir de croisements entre la rose « Trier » créée par un rosiériste allemand et la rose botanique Rosa multiflora. Comme pour les autres plantes, les variétés botaniques de roses sont souvent donnés en latin.

« Trier » a comme ancêtre assez lointain Rosa Moschata, d’où le nom donné à la famille. Rosa moschata est le rosier musqué originaire d’Asie centrale, qui se pare en automne de grosses grappes de fleurs et dont la floraison s’étale dans le temps. Comme le montre l’illustration d’Ivan Louette, le pistil de Rosa moschata est composé de plusieurs tubes soudés et dépasse nettement le niveau des pétales et des étamines, ce qui donne aux fleurs une élégance certaine. Ses cynorrhodons sont ovales rouge orangé. Rosa moschata donne aux hybrides l’intensité de leur floraison automnale.

Le plant-mère Rosa Multiflora est une rose sauvage de Chine. Elle porte également, à la mi-juin,  une foison de petites fleurs blanches, simples, réunies en grandes grappes pyramidales, qui se transforment en petits cynorrhodons rouges sphériques. D’après Louis Lens, Rosa Multiflora donne aux hybrides la capacité de générer de nouvelles pousses florifères à partir du sol.

Sources:

Ann Velle, Une fabuleuse foison de roses, les plus beaux Moschata de Lens Roses, 2012.

Ivo Pauwels, Louis Lens, L’élégance et la rose, 2000